Les Venachesi (habitants de Venaco) ont eux aussi leurs fate, et Dieu sait combien ils leur rendirent grâces de les avoir aidés à se débarrasser d'un terrible dragon. La première fois qu'ils découvrirent le dragon, ce fut en amont de Piridondellu, au bord du ruisseau. Probablement arrivé là par la vallée du Vecchju, le monstrueux dragon se mit à répandre la terreur à travers tout le pays. Ceux qui l'avaient aperçu de loin et s'étaient enfuis à temps pouvaient en témoigner : la bête, énorme, vomissait des flammes par la gueule, et avançait en agitant de monstrueuses ailes, sa queue battant l'air et ses griffes, d'une longueur démesurée, sorties comme autant de couteaux. Qui donc pourrait délivrer le pays de ce terrible fléau derrière lequel se cachait le démon en personne?
Ange-Marie, Venacais de naissance, se proposa. Le jeune homme implora le secours du ciel lorsqu'il partit affronter la terrible bête et ce furent les fées qui répondirent à son appel. Personne ne fut témoin de ce combat mais tout le monde était assuré que jamais on ne reverrait Ange-Marie vivant. On entendit des bruits infernaux provenant du double combat qui se livrait. Car les fées combattaient le démon qui animait la terrible bête, tandis qu'Ange- Marie affrontait le monstre lui-même.
Le démon battu, le dragon perdit ses défenses et Ange-Marie réussit enfin à le tuer après l'avoir courageusement affronté. Le lieu où se déroula ce combat a conservé le nom du monstre : U Dragone. Mais l'histoire ne se termine pas là. Les fées voulurent récompenser Ange-Marie d'un tel courage. Elle lui proposèrent de venir cultiver la terre à proximité de leur demeure, dans les lieux appelés Chiose et Occiolo. Les fées lui promirent qu'en ces lieux, son troupeau profiterait et que ses récoltes seraient bien supérieures à ce qu'il pouvait espérer, de sorte qu'il ne tarderait pas à s'enrichir.
Cependant, les fées posaient une condition à leur proposition. C'était que jamais Ange-Marie ne cherchât à découvrir le secret de leur demeure. Puis, les belles dames disparurent. Dès lors, Ange-Marie ne cessa de penser à l'une des fées qu'il avait rencontré et qui était particulièrement belle. Le malheur voulut qu'une sfrega (sorcière) l'attendît un jour sur le chemin et lui proposât de le mener à la demeure de la fée qui occupait ses pensées. Il arriva donc aux Trois Portes des Fées, au milieu des « calenche », et l'une d'elles, plus blanche que les deux autres, s'entrouvrit. L'histoire d'Ange-Marie s'achève là. Car nul ne sait ce que vit alors le jeune amoureux qui fut pétrifié sur place avec la chèvre qui l'accompagnait.




